PROMOSALONS VOUS PARLE N°8 : TURQUIE

Cette enews consacrée à la Turquie nous apporte un éclairage important sur la situation économique actuelle du pays. Ceci, tout en faisant un lien avec des éléments structurels ou conjoncturels qui affecteront la participation des entreprises turques à nos salons.

Pour beaucoup de salons des domaines industriel et alimentaire notamment, la Turquie est l’un des tout premiers pays exposant. Sur le SIAL par exemple, c’est le plus gros pavillon du salon.

C’est, de plus, un pays dont le Gouvernement, via différentes structures, soutient massivement le développement à l’export des entreprises, ceci fortement par leurs participations à de nombreux salons en France, en Allemagne, en Chine ou sur d’autres marchés cibles.

Aujourd’hui donc, ce n’est pas tant ce qui se passe en Turquie sur le marché des salons qui nous préoccupe mais plutôt les informations que notre Déléguée, Deniz ŞEN GÜMÜŞ, a pu rassembler sur l’état des entreprises et de l’économie en général, qui aura un impact évident sur la participation de ce pays à nos événements.

Situation sanitaire

À ce jour, plus de deux millions de tests ont été effectués dans le pays. Grâce à ceux-ci, les cas positifs ont été très rapidement détectés, ce qui a permis une guérison rapide et un nombre de décès moindre par rapport aux pays européens (chiffres  : 137 000 cas détectés, 94 000 guérisons, 3 600 morts). Durant cette crise, les autorités se sont abstenues de déclarer un couvre-feu total afin de préserver une partie de l’économie des conséquences de la pandémie. Elles considèrent dorénavant que le pic de l’épidémie a été atteint et envisagent une sortie progressive du confinement, afin d’accompagner une relance de l’activité au mois de mai, en prenant les mesures suivantes  :

  • Ouverture des salons de coiffure le 11 mai avec des conditions sanitaires très contrôlées (un client par heure, serviettes jetables, port du masque, désinfection des locaux...).
  • Ouverture de certains centres commerciaux et grandes enseignes avec respect des mesures sanitaires (entrée contrôlée avec distribution de masque, désinfection des lieux...).
  • Réouverture des banques aux heures habituelles.
  • Projet de déconfinement total, à partir du 1er juin, juste après la fête du Ramadan.

Répercussions économiques

Le pays est entré dans une récession dont il est encore difficile d’anticiper l’ampleur. Le paquet de soutien de l’activité mis en œuvre par le gouvernement turc, dit « bouclier économique », s’élèverait, à ce stade, à 200 Mds TRY (26,4 Mds EUR), soit une somme deux fois plus importante que celle initialement annoncée. Si ce bouclier apporte des réponses aux problèmes de trésorerie des entreprises, notamment aux PME, et, dans une moindre mesure, aux conséquences sociales de la crise, il apparaît peu ambitieux au regard des défis à relever.

Les mesures annoncées visent principalement en effet à apaiser les tensions de trésorerie des entreprises et des ménages (report d’échéances fiscales et d’emprunts par exemple) et à ralentir l’effet de la baisse de la demande dans les secteurs les plus immédiatement touchés par la crise sanitaire (tourisme, transport aérien). La baisse marquée des rentrées en devises (arrêt du tourisme et des IDE) ainsi que l’accélération des sorties de capitaux internationaux limitent la capacité d’intervention des autorités pour soutenir l’activité et défendre la monnaie (qui a perdu environ 15% de sa valeur depuis le début de l’année) et pourraient faire apparaître un risque de besoin de financement non assuré.

Ces mesures de très court terme sont donc insuffisantes et le pays a besoin d’un véritable plan de survie économique à la fois pour soutenir les entreprises dont l’activité, selon les secteurs, a diminué jusqu’à 80% et pour pallier la baisse de revenus des ménages. L’État seul ne pourra sans doute assumer un tel coût. C’est en partie pour cette raison que la Turquie n’a pas mis en œuvre de mesures coercitives pour interdire les déplacements ou arrêter l’activité des entreprises : il n’a tout simplement pas les moyens d’indemniser les employés qui perdraient leurs emplois. C’est sans doute également pour cette raison que le président Erdogan a lancé une campagne nationale de collecte de fonds destinés à venir en aide aux plus démunis, soulignant ainsi les capacités limitées de l’État.

L’exécutif est donc confronté à un dilemme : renforcer les mesures de confinement aurait un impact budgétaire immédiat très important mais retarder leur mise en œuvre impliquerait un coût sanitaire et économique (reprise plus lente, frais de santé plus élevés, etc.) tout aussi, sinon plus, substantiel. Qu’ils soient naturels, économiques, géopolitiques ou sanitaires, les multiples risques auxquels la Turquie est exposée soumettent son économie à de nombreux chocs. Sa capacité à limiter les facteurs de vulnérabilité à long et court termes et, lorsque le choc advient, à l’absorber et s’en remettre rapidement, dépend d’amortisseurs structurels propres au pays.

Les milieux financiers sont toutefois confiants dans la capacité de rebond de l’économie turque. D’abord parce qu’à ce jour, l’exécutif n’a pas mis en œuvre de confinement généralisé ni d’arrêt d’activité des entreprises (hormis celles concernant les secteurs favorisant la convivialité  : restaurants, bars, etc.)  ; dans ce contexte, environ 50% des employés sont toujours actifs. Ensuite parce que les grandes entreprises ne semblent pas encore trop souffrir du ralentissement de l’économie. À de rares exceptions près, elles disposent encore de liquidités suffisantes.

Enfin parce que l’économie turque a déjà montré, par le passé, ses capacités de résilience et de forts rebonds. In fine, si l’activité aux 2ème et 3ème trimestres 2020 sera en net retrait par rapport aux mêmes trimestres de l’année 2019, une stabilisation peut être attendue au 4ème trimestre. Le pays peut également s’appuyer sur un secteur industriel compétitif et diversifié qui se reflète dans la variété de ses biens exportés : produits industriels de base (métallurgie, pétrochimie), équipements industriels (mécanique, matériel de transport et de construction, électrique et électronique, etc.) et biens de consommation (textile, alimentaire, électroménager automobile, etc.).

Les exportations de services participent également à la diversité des exportations turques et comptent pour environ 7,5% des emplois totaux et 14% des emplois dans le secteur des services. Par ailleurs, la Turquie est très intégrée dans les chaînes de valeurs internationales. Avec une participation en hausse de 8,5% en moyenne, chaque année entre 2005 et 2015 selon l’OMC, l’intégration de la Turquie aux chaînes de valeurs mondiales est l’une des plus importantes parmi les principales économies émergentes et devrait se poursuivre, portée par une productivité en hausse.

Le pays s’appuie, par ailleurs, sur une production agricole qui lui assure une autosuffisance croissante sur un large spectre de produits (limitant ainsi son exposition aux chocs climatiques et aux fluctuations des prix internationaux) et un secteur de la construction très présent sur les marchés internationaux (en 2018, quarante-six groupes de construction turcs figuraient dans la liste des « World’s Top 250 International Contractors »).

L’adaptabilité et la flexibilité constituent également une marque du secteur productif turc  ; les entreprises turques étant reconnues pour leur capacité d’adaptation au changement et aux besoins de leurs clients.

Informations clés par secteur

  • Lancement du marché digital de l’agriculture
    Le dispositif du marché digital agricole a fait l’objet d’une présentation conjointe par les ministres de l’agriculture et du commerce le 29 avril. L’État souhaite mettre en œuvre des circuits courts pour limiter la différence entre les prix de production et de vente dans les supermarchés et, ainsi, lutter contre l’inflation. Le ministre Pakdemirli a annoncé que Migros serait le premier distributeur à utiliser ce système.
  • Exportation de pattes de poulet vers la Chine
    À la suite de la crise liée au Covid-19, la Chine a recommencé à importer des pattes de poulet, il y a deux semaines, via Hong Kong. L’exportation de pattes de poulet constitue 10% de la valeur des exportations turques de viande de volaille.
  • Quota d’exportations de tomates vers la Russie quasi atteint
    Avant même la récolte, il ne reste plus que 13 000 tonnes d’exportations possibles de tomates vers la Russie ; le quota, dont la Turquie demande la suppression, étant de 200 000 t. Le pays exportait en moyenne 340 000 t de tomates vers la Russie avant 2015.
  • Hausse des exportations de Pınar Süt
    La société du Groupe Yaşar, qui a réalisé, en 2019, 19% des exportations turques de produits laitiers avec 43 M USD, a augmenté ses exportations de 10% .
  • Les travaux continuent pour la construction du Pont 1915 de Çanakkale
    La ville revendiquera ainsi le titre de « plus long pont suspendu au monde ». Un linéaire de 259 m a déjà été établi. 78% des travaux relatifs aux tours ont été effectués.
  • Hausse du e-Commerce en 2019
    Selon le rapport de l’Association de l’industrie informatique (TUBISAD), le secteur du e-commerce a atteint 83,1 Mds TRY en 2019, soit une croissance de 39%.
  • Réouverture des centres commerciaux
    L’Association des investisseurs des centres commerciaux a annoncé que ceux-ci commenceraient à rouvrir progressivement à partir du 11 mai. Selon les estimations des professionnels, les enseignes atteindront alors au maximum 30% de leur chiffre d’affaires normal. Les centres commerciaux représentent 25% des transactions commerciales de détail.
  • Baisse des recettes du tourisme
    Les recettes du secteur touristique ont diminué de 11,4% pour s’établir à 4,1 Mds USD avec un recul du nombre de touristes d’1M. 
  • Reprise des exportations d’œufs vers l’Arabie Saoudite
    La Turquie a recommencé à exporter des œufs vers l’Arabie Saoudite après deux ans d’arrêt.
  • Retard dans la production du tracteur électrique turc
    La production de masse du premier tracteur électrique turc pourrait être reportée d’un mois, de septembre à octobre, en raison de la pandémie de Covid-19. Le tracteur électrique devrait permettre à chaque agriculteur d’économiser 133 000 TRY (18 720 USD) par an en moyenne, selon les estimations du ministère de l’agriculture et des forêts. Le ministère prévoit de produire 10 000 tracteurs électriques dans son usine de Kocaeli, point focal de l’industrie automobile turque. Le premier prototype de 105 cv fonctionnera avec 236 batteries pour une durée de vie estimée de vingt ans. Une autre version de 250 cv sera produite pour l’exportation.
  • Redémarrage partiel de la construction automobile
    Le constructeur de bus et de camions Mercedes Benz a annoncé le redémarrage de la production, dans ses deux usines, à partir du 20 avril. Les constructeurs de tracteurs Hattat Traktor et de véhicules commerciaux Anadolu Isuzu ont relancé leur production pour alimenter les commandes du marché intérieur et des exportations.
  • Hausse de la production et de la consommation de pâtes
    Les achats de pâtes ont triplé en un mois en lien avec la pandémie de Covid-19. Les vingt-quatre industriels turcs de pâtes ont récemment embauché 5 000 personnes, ce qui correspond à 15% des emplois totaux du secteur, pour faire face à la hausse de la demande. La Turquie, deuxième exportateur de pâtes alimentaires après l’Italie, pourrait s’y substituer en 2020 suite à l’arrêt de la production italienne.
  • Hausse de 54% des exportations totales du secteur du ciment au cours des trois premiers mois de 2020
    Selon l’Association turque des fabricants de ciment (TÇMB), la production de ciment de la Turquie, premier producteur en Europe et sixième dans le monde, a augmenté de 31% .
  • Renault est le leader du marché automobile turc au premier trimestre de 2020
    Avec 16 275 véhicules vendus, devant Fiat (15 977 unités) et Volkswagen (14 887 unités). Le marché automobile turc a augmenté de 40,6% au premier trimestre 2020 pour atteindre 124 403 véhicules avec un fort ralentissement observé en fin de période. Les ventes de véhicules d’occasion ont diminué de 8% au mois de mars avec un redémarrage en avril.
  • Découvertes d’hydrocarbures
    Le ministre des Finances, Berat Albayrak, a déclaré que la Turquie est à la veille de découvertes d’hydrocarbures qui combleront le déficit du compte courant et mettront fin à la dépendance énergétique étrangère. Trois navires de forages et deux navires sismiques sont déjà mobilisés dans ces campagnes d’exploration.

Informations sur le secteur des salons

Selon le vice président de l’association des organisateurs de salons (UFYD), M. Çetin, l’ensemble des grands salons prévus en fevrier, mars et avril (au nombre de 110 dont 25 internationaux) ont été reportés dans le pays pour une perte de plus de 200 millions de dollars. À l’échelle mondiale, ce sont 1 000 salons reportés avoisinant une perte considérable de 100 milliards de dollars. L’impact sur la baisse de l’exportation turque est important. Le secteur des salons, l’un des plus touchés par la pandémie, sera, selon M. Çetin, l’une des locomotives pour la relance du commerce mondial. L’UFYD a déposé une demande au gouvernement turc pour l’obtention d’aides financiers aux organisateurs des salons et une autre à la KOSGEB (cooperative d’aide pour les PMI) en vue d’augmenter l’aide à la participation des exposants et des délégations.

Liste de certains salons internationaux reportés

  1. TURKCOAT &PAINTISTANBUL, aux 25-27 juin.
  1. BEAUTY EURASIA, aux 1er-3 octobre.
  1. AUTOMECHANIKA ISTANBUL, aux 25-28 juin.
  1. WIN EURASIA, salon de l’automation et de la logistique, aux 18-21 juin.
  1. KONYA TARIM, salon de l’agriculture, aux 2-6 juin.
  1. ISTANBUL JEWELRY SHOW, aux 18-21 juin.
  1. EVTEKS 2020, salon du textile maison, aux 25-29 août.
  1. TURKEY BUILD ISTANBUL, aux 24-28 août.