AGNÈS ROMATET-ESPAGNE,

Après 1 an au sein du conseil d’administration de Promosalons, Agnès Romatet-Espagne, Directrice des entreprises, de l’économie internationale et de la promotion du tourisme au Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, revient sur son implication et celle du Quai d’Orsay dans le secteur des salons, foires & congrès français.

Quels sont les rôles et les missions de votre Direction au sein du Ministère ?

La Direction des entreprises, de l’économie internationale et, depuis quelques mois, de la promotion du tourisme, dont j’ai pris la responsabilité en septembre 2014, poursuit trois missions assignées par Laurent Fabius puis Jean-Marc Ayrault : développer l’export, l’attractivité et le tourisme.

L’enjeu de l’attraction et de la promotion des salons, foires et congrès français est à la confluence de ces 3 missions. Pour nous, ce sujet s’est d’emblée imposé comme une priorité et le secrétaire d’état Matthias Fekl a immédiatement compris à quel point cette convergence d’intérêts communs pouvait nous permettre d’agir efficacement et utilement pour cette filière.

J’aimerais préciser que tout ce que nous mettons en œuvre pour ce secteur s’inscrit dans le cadre plus large de l’action du MAEDI, en lien avec la Direction générale des entreprises à Bercy, pour replacer le tourisme au cœur de nos priorités.
Par exemple, le travail que nous avons entrepris sur la connectivité aérienne ou sur l’ouverture des commerces le dimanche et en soirée, aura des répercussions positives pour la filière.

En quoi la filière des congrès et des événements fait-elle écho aux enjeux de votre direction ?

Pour les 3 raisons que je vous évoquais tout à l’heure, mais également pour le poids économique que représente le secteur MICE (7,5 milliards d’euros par an de retombées économiques pour les foires, salons et congrès).

Ainsi, notre mission pour le développement de l’export trouve tout son sens dans cette filière car les premiers exposants sur les salons et foires organisés en France sont les entreprises françaises, et on le sait à travers les études qui ont été conduites, la présence sur ces manifestations est probablement le meilleur démultiplicateur de courants d’affaires, en particulier pour les primo-exportateurs.

Par ailleurs, par rapport à l’enjeu de l’attractivité de la France, vous ne pouvez pas être une grande ville internationale sur la carte de l’Europe et du monde, si vous n’êtes pas en capacité d’accueillir dans des conditions optimales cette activité de foires et salons.
Enfin, en ce qui concerne le secteur touristique, 20% de nos visiteurs étrangers viennent en France pour participer aux salons et congrès. Il faut donc faire en sorte qu’ils mettent à profit leur présence sur le territoire français pour dépenser davantage, et qu’ils aient envie de revenir pour un plus long séjour avec leurs familles et leurs proches.

L’annonce en novembre 2015 du Comité de pilotage de la filière « Rencontres d’Affaires et Événementiel » par votre Ministère et le Ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, témoigne du soutien de l’État français à cette filière. Pouvez-vous nous rappeler les objectifs et les missions de ce Comité ?

En mars 2015, Emmanuel Macron avait proposé que les activités de services se structurent en comités de filières. Cette idée a été développée par les deux Ministères, autour de l’enjeu de l’accueil des foires, salons et congrès en France, qui devrait aboutir à la création du Comité de filière « Rencontres d’Affaires et Événementiel ».

Les travaux de préfiguration, qui ont débuté en avril de cette année sous la direction de Renaud Hamaide, directeur général de Comexposium, et s’achèveront le mois prochain, s’organisent en 3 groupes de travail conduits par ma direction et la Direction générale des entreprises de Bercy.

Le premier est consacré à la promotion de l’événementiel français à l’international, avec pour objectif d’améliorer le parcours client lors des événements en France. Le rapporteur en est Renaud Hamaide. Le deuxième groupe est dédié à la modernisation des infrastructures avec Olivier Ginon, président de GL Events comme rapporteur. Le troisième, piloté par Frédéric Bedin de Hopscotch, travaille à l’amélioration de la compétitivité de notre événementiel français.

Les sujets prioritaires traités par le comité font écho à plusieurs enjeux, dont certains rejoignent l’activité de Promosalons, et c’est à ce titre qu’Olivier Mellerio et Corinne Moreau y ont été associés : le rayonnement de la filière événementielle à l’international, la duplication de certains événements à l’étranger et la captation d’événements internationaux. Il s’agit également d’améliorer l’accueil et l’accès à notre territoire de nos visiteurs et de nos exposants, en leur proposant une offre complète et packagée, à la fois professionnelle et touristique, afin qu’ils vivent une expérience à l’avant-garde de ce qui peut se faire aujourd’hui dans le monde.

Une fois les auditions achevées, le 10 juillet au plus tard, les travaux de préfiguration du comité permettront d’élaborer un contrat de filière que nous souhaitons signer en septembre/octobre 2016 pour formaliser les engagements respectifs.

Notre objectif est de fédérer tous les acteurs du secteur afin que collectivement, avec l’État et les parties prenantes, nous puissions identifier et maîtriser ensemble les enjeux stratégiques de la filière et y apporter des réponses adaptées.

Vous siégez au Conseil d’Administration de Promosalons depuis un an. Quels ont été vos champs de coopération avec Promosalons, et quel premier bilan en tirez-vous ?

Tout d’abord, je souhaite remercier le président Olivier Mellerio et les membres du Conseil d’avoir accepté que le Quai d’Orsay rejoigne le Conseil d’Administration de Promosalons, ainsi que Corinne Moreau d’avoir soutenu ma candidature.
Il nous a semblé que le réseau Promosalons, avec son indépendance et ses propres règles de fonctionnement, avait tout avantage à être beaucoup plus étroitement associé aux activités de nos ambassadeurs et de l’ensemble des services de l’État à l’étranger, et réciproquement.

Nous avons aussi travaillé sur des sujets prioritaires, à savoir la sécurité sur les salons en France après les attentats, et les enjeux de compétitivité en faisant du benchmark sur les offres de nos principaux concurrents.

Certaines opérations ont été montées avec Promosalons, dont je tiens à saluer la réactivité dans ces circonstances, très immédiatement après les attentats de novembre 2015. L’objectif était d’inviter en France certains leaders d’opinion et journalistes étrangers afin que ceux-ci puissent mesurer par eux-mêmes les conditions de confort, de sécurité et de confiance déployées pour les professionnels internationaux sur les salons français (voir Zoom de la Lettre n°55).

Il me parait très important que Promosalons continue ses actions de promotion collective dans des pays cibles. Chaque fois que possible - cela a déjà été le cas dans une dizaine de pays - nos ambassadeurs sont mis à contribution pour pouvoir, soit accueillir ces opérations spéciales, soit y prendre la parole et démultiplier, ce faisant, l’impact de ces opérations.

Nous partageons aussi en Conseil d’Administration des informations sur des sujets plus larges (par ex. le Grand Paris), qui peuvent être utiles aux membres de Promosalons et enrichir leur communication diffusée par le réseau à l’international.

Ainsi, nous avons rappelé le rôle de Promosalons et les nombreux salons qu’il représente à l’ensemble du réseau diplomatique. Nous l’avons incité très fortement, en rappelant les enjeux économiques de la filière, à rencontrer les représentants de Promosalons pour examiner avec eux les moyens que l’ambassade pouvait mettre à leur disposition, avec ceux des services économiques et, lorsque c’était possible, de Business France voire d’Atout France dont le MAEDI exerce la cotutelle.

Le secteur des foires et salons évolue dans un environnement concurrentiel de plus en plus pressant et la France ne peut pas se permettre le luxe d’attendre. J’ai donc hâte de voir émerger les grandes lignes du contrat de filière, et vous pouvez compter sur nous pour remplir systématiquement, méthodiquement et méticuleusement la part de nos engagements.